Je post ici ma dissertation finale de philo, en espérant que ça intéresse quelqu’un…
Voilà Koala:
« De tout temps, les philosophes se sont penchés sur le rapport entre société et individu. Deux grandes écoles de pensée s’affrontent sur le sujet. Certains philosophes, comme Rousseau, Nietzsche et Mill, choisissent la thèse de la primauté de l’individu tandis que d’autres, comme Socrate, Platon et Taylor, défendent la primauté de la société.
Selon le libéralisme, la société est créée pour le bénéfice des individus et devrait favoriser la liberté individuelle. Ce sont les droits individuels qui priment et non ceux de la société. Contrairement au libéralisme, le communautarisme soutient que la société et son bon fonctionnement est indispensable au développement de l’individu. Mill est un tenant du libéralisme alors que Taylor se réclame du communautarisme.
John Stuart Mill, ainsi que d’autres partisans de la pensée libérale, considèrent que la communauté peut constituer un obstacle au développement de l’individualité. Par l’utilitarisme, Mill veut permettre au plus grand nombre d’individus d’atteindre le maximum de bonheur. Selon lui, l’expression de la liberté individuelle est une source importante de bonheur. Le principe H (Harm Principle : ma liberté s’arrête seulement au moment où je cause du tort à autrui) permet de maximiser la liberté individuelle et ainsi d’augmenter le bonheur de tous les individus « libres ». En conséquence, le libéralisme juge essentiel de restreindre les pouvoirs de la société afin de préserver une sphère d’autonomie individuelle.
Charles Taylor affirme que la société est un élément essentiel et que l’individu est subordonné à cette société. Une société en santé, sans anarchie, est fondamentale pour permettre l’atteinte des valeurs morales et rationnelles qui commandent le respect comme, par exemple, la liberté. L’individu, dans le communautarisme, ne peut se définir en l’absence de son poste dans la société, de la culture à laquelle il appartient, de ceux qui l’entourent. Hors d’un cadre social, il est impossible de parler de l’individualité.
Parmi les différences fondamentales qui opposent les deux théories, le libéralisme de Mill voit la liberté comme une fin en soi tandis que le communautarisme de Taylor considère la liberté comme un outil ou un potentiel permettant de réaliser des objectifs. La définition de l’individu, les moyens d’atteindre les objectifs ou le bonheur, la prédominance de la société ou de l’individu sont autant de différences majeures qui existent entre la doctrine libérale et la doctrine communautaire.
Il apparaît évident que notre société occidentale actuelle est essentiellement libérale. C’est une société de consommation, basée sur la maximisation de la richesse personnelle et du pouvoir individuel qui met de l’avant les valeurs de la primauté de l’individu et de la liberté individuelle. Les gens semblent accorder beaucoup plus d’importance à la libre entreprise, à leur territoire et à leurs biens qu’au bien-être de la société.
Pour ma part, je suis plutôt d’accord avec la thèse communautariste de Taylor. Je trouve que le libéralisme ne prend pas en considération des choses essentielles. Par exemple, la pensée libérale ne prend pas en compte l’importance sociale pour le développement de l’humain. Aucun individu ne peut se développer convenablement, avec les traits psychologiques d’un être humain en bonne santé, s’il ne reçoit pas l’éducation, la culture et certaines valeurs morales de la société dont il fait partie.
Ces valeurs, qui commandent le respect, ne peuvent être élaborées qu’en société. Il me parait donc incohérent de vouloir augmenter les pouvoirs individuels en réduisant ceux de la société, qui sont la base même de la sécurité et de l’identité, de chacun pour augmenter les pouvoirs individuels. De plus, le système libéral favorise les inégalités et les injustices entre les différentes classes sociales et entre les peuples. Par exemple, nous sommes conscients du sort de tous ceux qui vivent dans des conditions misérables ou qui meurent de faim. Et pourtant nous continuons à consommer des biens matériels, non-essentiels, entre autres pour notre divertissement. Si nous investissions ne serait-ce que la moitié du temps passé à travailler (pour enrichir les plus nantis) à aider les plus démunis à mener une vie convenable, l’ensemble de la population pourrait en bénéficier. La société libérale actuelle cause des problèmes majeurs à bon nombre des individus qui la compose.
Si les sociétés libérales du 19e et du 20e siècles ont su quand même maintenir un équilibre entre une vision communautariste et une vision libérale, la société libérale actuelle est d’un tout autre ordre. Le capitalisme sauvage a perverti cet équilibre. Il serait donc, je le crois profondément, malgré les thèses de Mill, nécessaire et urgent de changer cette société libéraliste pour une société qui fasse la promotion et la défense d’une vision communautariste comme le préconise Taylor. «
Jim Boulay (24 mai 2007)



